Quelques observations
à propos de la tour observatoire
L'érection de la tour GEIPEL a ceci d'encourageant qu'elle symbolise la mise en route de la Cité du Design.
Sur le plan formel, un jugement à chaud sur une œuvre contemporaine est souvent inapproprié. Souhaitons-lui en tout cas une plus grande notoriété que celle qu'on nous avait promise pour le Chronocycle baladeur.
Sur l'insertion environnementale, son emplacement vierge et son mode constructif, à base de tubes métalliques assemblés, ont le grand mérite d'en faire une installation réversible pour les générations futures.
Tel ne sera pas le cas de la verrière du même architecte puisque sa localisation a entraîné plus que la disparition de 4 pavillons mais celle du caractère unique de notre Manufacture Impériale : seule en France, elle offrait un palais industriel avec ses 3 fonctions, habitation, administration, production, désormais subsiste uniquement la dernière dont les bâtiments, en tant que tels, ne constituent plus un Monument d'Intérêt National.
Seules des considérations à caractère politique peuvent permettre de soutenir qu'il ne s'agissait pas là d'un « sacrifice inutile ».
Une heureuse idée
Reste que l'idée de décliner le thème du design comporte de nombreuses potentialités de développement pour Saint-Etienne.
Cette idée fut émise pour la première fois par Claude MOLLARD, fondateur puis directeur de la délégation aux arts plastiques au ministère de la Culture sous la déclinaison de « Saint-Etienne, ville du design industriel » ; ceci à l'occasion d'une soirée sur l'Image organisée par arco au musée d'art moderne, c'était le 27 septembre 1988.
Depuis, nous n'avons cessé de proposer sa mise en œuvre sous la forme à la fois plus large et plus définie d'un Centre National du Design Français (C.N.D.F.)
Quoi qu'il en soit, si les mauvaises idées ont un auteur, les bonnes idées appartiennent à tous et particulièrement à ceux qui les mettent en œuvre. Cette mise en œuvre prit la forme et la dénomination d'un Centre International du Design puis de Cité du Design. Mais, au-delà des mots, il faut noter que, quant à la prépondérance financière, intellectuelle et logistique, il s'agit d'un Centre Stéphanois du Design.
qu'il faut construire Passé la superbe du choix architectural, les initiateurs ont dû comprendre à leur étonnement, lentement et douloureusement, que la définition d'un contenu était une tâche ardue.
Le premier directeur a fait les frais de cette naïveté. Tout aussi compétente et plus communicante, nous souhaitons bon courage à Mme FRANCES. Aujourd'hui, le projet ambitionne de jouer 3 rôles : observation, enseignement, recherche. On imagine qu'il faudra beaucoup de détermination et beaucoup de temps pour que, hormis le 2 ème rôle déjà partiellement assuré par l'école des Beaux-Arts et l'université, ces missions prennent forme et ampleur. Beaucoup de temps et aussi beaucoup de sous : le budget du coût de fonctionnement annuel est annoncé à 11 millions d'Euros. Si une grande discrétion régit la ventilation de cette somme, on ne peut qu'être impressionné par son niveau. Souvenons-nous que les extravagantes et dispendieuses Transurbaines avaient coûté « seulement » 2,2 millions d'Euros et, apparemment, elles resteront une fantaisie isolée.
Dans ce cadre, la question du positionnement de la Cité par rapport aux autres structures françaises ou européennes du design prend toute son acuité.
A écouter tout ce qui a été écrit ou dit sur le sujet, la réponse reste floue et pour tout dire à construire. En tous les cas, lorsque l'on rapproche l'initiative stéphanoise de la situation milanaise, la réaction d'un des responsables du centre, et non des moindres, est bien éclairante, c'est celle de la stupéfaction amusée : mais Milan, c'est plus qu'un centre de design, c'est plus qu'une ville de design, c'est une région entière qui bat au rythme du design ! Oui, la question était volontairement ingénue. C'est pourtant cette comparaison qui est utilisée sans vergogne sur les tribunes et dans les interviews de nos leaders.
Ainsi, on peut désormais comprendre l'extrême différence, tant au plan du financement du bâti et de celui de sa structure qu'au plan de la nature du projet, entre un centre stéphanois et un centre national.
Sans parler de l'essentiel à nos yeux qui est l'incomparable impact extérieur en terme de notoriété pour la ville.
sur une double méprise
Finalement, la belle idée d'utiliser le thème du design pour Saint-Etienne s'est établie sur une double méprise.
La première peut être illustrée par une exclamation de notre ancien architecte des bâtiments de France, M. Henri LAZAR :
« Le plus grave n'est pas qu'ils ne sachent pas, mais qu'ils croient savoir ! »
De même, par un acte entêté et barbare, le centre du design a été, à la fois, privé du cadre porteur d'un monument de niveau européen et cause, par son implantation, de l'hostilité d'une majorité de stéphanois.
La deuxième méprise est d'avoir cédé à la tentation d'une démarche solitaire permettant à l'Etat de limiter sa participation à un petit 19 % du bâti, nous privant, et de ses euros, et de ses oracles, et de son aura.
Une fois encore, on s'est cru assez grand et intelligent pour penser, agir et se débrouiller seul ; hélas… vae soli !
P.-S. : hier, c'était les pavillons administratifs qui étaient laissés aux 4 vents et les châteaux des directeurs dépecés sur ordre.
Aujourd'hui, c'est l'horloge, soit disant pièce maîtresse d'une perspective façon Geipel, qui s'est envolée. Quel mépris des symboles !
En effet, si pour surveiller la tour de guet « on » a mobilisé la puissante société de gardiennage Prosegur, en revanche, poser 2 ou 3 petits détecteurs de présence dans les ateliers encore debout de la Manufacture Impériale n'a même pas effleuré l'idée de « on »

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